Lilly, 3 ans, vole le jouet d’une amie.  L’éducatrice la voit, l’avertit et lui demande de rendre le jouet à son amie. Lilly, surprise sur le fait, rend le jouet à son amie en s’excusant et se met à pleurer.  L’éducatrice lui dit: ” Ne pleure pas, tu n’avais pas le droit de prendre le jouet, maintenant arrête et trouve-toi un autre jeu.”  Lilly n’arrête pas de pleurer, ses sanglots augmentent et l’éducatrice se dit qu’elle est contrariée parce qu’elle s’est fait avertir et qu’elle va bien cesser de pleurer quand elle sera calmée.

Maman demande à Léo, 2 ans, de mettre ses chaussures.  Léo regarde ses chaussures, les prend dans ses mains, et les redépose au sol.  Il retourne jouer.  Maman réitère sa demande une 2e fois, puis une 3e, toujours sans résultat.  Maman commence à perdre patience et c’est avec fermeté qu’elle assoit Léo près de ses chaussures en lui ordonnant de mettre ses chaussures MAIN-TE-NANT.  Léo se met à pleurer et Maman lui commande: ”Arrête de pleurer Léo, tu es capable, met tes chaussures maintenant. Allez, ne pleure pas, met tes chaussures.”  Léo continue de pleurer, Maman se fâche et met elle-même, avec des gestes saccadés, les chaussures dans les pieds de Léo.

Deux situations, l’une en service de garde et l’autre à la maison.  Deux situations qui peuvent arriver à n’importe qui, peu importe le contexte.  Deux situations dans lesquelles l’adulte n’a pas été à l’écoute de l’enfant.

Il faut cesser d’intervenir auprès des enfants comme s’ils étaient des mini-adultes avec les mêmes capacités de réflexion, d’auto-régulation et de gestion émotionnelle que nous, grandes personnes.

Saviez-vous que le cerveau humain devient mature uniquement vers l’âge de 40 ans*? Cela suppose qu’avant 40 ans, le cerveau humain est toujours en train d’apprendre, d’établir de nouvelles connexions et de s’adapter à son environnement.  Et on demande à un enfant de 2,3,4 ou même 5 ans d’être capable de réfléchir aux conséquences de ses actes? De bien mesurer la portée de ses gestes? De faire preuve d’empathie et de se mettre à la place de l’autre? C’est totalement absurde, disons-le.

Derrière chaque comportement de l’enfant se cache un besoin. Notre rôle, en tant qu’adulte bienveillant, est d’arriver à comprendre le besoin caché derrière le comportement de l’enfant, ET D’Y RÉPONDRE!  L’enfant n’est pas capable de gérer ses émotions, de les analyser, de les comprendre et de les verbaliser.  Il a besoin d’être guidé et accompagné par un adulte qui lui donne le droit de vivre ses émotions, qui arrivera à les comprendre et à les mettre en mots pour ensuite être en mesure de corriger son comportement.  Je le répète: l’enfant n’est pas capable de passer par ce processus tout seul! Et s’il constate que c’est ce que l’adulte lui demande de faire, imaginez l’angoisse et le sentiment d’abandon que cela peut lui occasionner.

Reprenons les situations illustrées plus tôt.

Lilly a mal agi en volant le jouet de son amie.  Elle s’en rend bien compte et se met à pleurer.  Pourquoi elle se met à pleurer? Est-ce parce qu’elle est déçue de ne pas pouvoir jouer avec l’objet tant convoité? Possible… le rôle de l’adulte est donc de lui expliquer qu’elle ne peut pas avoir ce jouet pour l’instant, mais qu’elle pourra l’avoir plus tard.  L’éducatrice pourrait alors se servir d’un sablier ou d’une minuterie (idéalement avec un aspect visuel pour aider l’enfant à bien se représenter le temps) afin d’établir un temps de jeu à tour de rôle.  On explore alors la notion de partage, par exemple.

Mais si Lilly pleurait pour autre chose? Et si elle avait honte de son comportement? Si elle est déçue d’avoir mal agi? Se pourrait-il qu’elle ait besoin d’être rassurée? Que l’adulte lui dise qu’elle a le droit de se tromper? Qu’elle a bien corrigé son erreur en rendant le jouet à l’amie? Et si elle avait simplement besoin qu’on lui fasse un gros câlin pour lui montrer qu’elle est aimable même si elle n’a pas fait le bon choix?

C’est la job de l’adulte d’accompagner l’enfant dans ce cheminement. Laisser l’enfant pleurer en se disant qu’il va se calmer par lui-même et tenter de démêler le casse-tête émotionnel dans sa tête et dans son petit cœur est, d’après moi, une grande erreur.

Petit Léo quant à lui…

Est-ce parce qu’il est en pleine phase du non qu’il refuse de mettre ses souliers?  Possible… le rôle de maman est alors de reconnaître le besoin de son garçon d’affirmer son contrôle et de lui permettre de l’exercer d’une autre façon.  ”Viens mon Léo! Maman va t’aider à mettre tes chaussures et après, nous préparerons ta collation.  Veux-tu un bol bleu ou jaune pour tes morceaux de pomme?”  Et voilà, situation désamorcée.

D’un autre côté… se pourrait-il que Léo n’essaie pas de mettre ses chaussures, car il a de la difficulté à le faire et qu’il aimerait avoir de l’aide?  Ils sont rares, les petits orgueilleux de 2 ans qui demandent de l’aide volontairement! #capabtuseul Si maman reconnaît naturellement ce besoin et qu’elle y répond, Léo se sentira compris, il saura qu’il peut lui faire confiance et compter sur elle pour l’aider.  Non, cela ne suppose pas que maman va le faire entièrement pour lui.  Mais elle sera là pour l’accompagner et pour l’aider au besoin.  Ainsi, il développera son sentiment de compétence et son estime de lui-même, tout en fortifiant son lien d’attachement avec sa maman.

L’éducation bienveillante ne signifie pas de tout donner à l’enfant et lui éviter toutes les contrariétés.  L’éducation bienveillante, c’est reconnaître les besoins des enfants et y répondre de façon à accompagner l’enfant dans son développement.  Et qu’on se le dise…en adoptant l’éducation bienveillante, l’adulte, qu’il soit parent ou éducateur, en ressentira également les bienfaits puisqu’il dépensera beaucoup moins d’énergie négative à se fâcher, perdre patience, se ”battre avec l’enfant” ou à tout faire à sa place.   Un adulte réceptif et bienveillant crée un climat beaucoup plus serein et positif dans lequel l’enfant sait qu’il a sa place, qu’il a le droit à l’erreur et qu’il peut compter sur l’adulte pour l’aider à mieux grandir.

* Joël Monzée, Docteur en neurosciences